Traverser des épreuves en couple
- 13 août 2022
- 8 min de lecture
Dernière mise à jour : 19 sept. 2022
Face à une situation de détresse ou à des épreuves importantes, nous savons que les mots tombent souvent à côté, maladroits et déplacés. Il n’y a rien de plus insupportable qu’un discours doucereux plaqué sur une souffrance forcément personnelle et unique.

Souffrances morales ou physiques, internes au couple ou dans son environnement proche, dans tous les cas elles constituent un moment clé où la force de l’amour du couple peut tout changer.
Points-clés
Aimer rend vulnérable car on ne peut aimer en vérité que nu et désarmé. Il est donc inévitable que la route d’un couple rencontre des moments de souffrance.
On peut sortir grandi ou abattu par les difficultés rencontrées. Pour une grande part, le résultat dépend de la façon dont nous allons réagir en couple.
La traversée des difficultés demande un dialogue accru avec son conjoint et les personnes qui nous sont chères. Le repli sur soi engendre l’incompréhension et peut être source de fracture.
L’expression de sa souffrance n’est pas un aveu de faiblesse mais une marque de confiance qui demande à être accueillie. Personne n’échappe à l’angoisse, la colère, le chagrin, Jésus lui-même a connu ces sentiments.
Lorsque nous sommes confrontés à des épreuves, ce n’est pas Dieu qui nous met à l’épreuve mais c’est la force de notre amour et de notre foi qui sont interrogés.

1. La parole des couples
QUESTIONS
Quelles épreuves avons-nous traversées ou traversons-nous aujourd’hui ?
Qu’est-ce qui est (ou a été) pour moi difficile à vivre ?
Quelles réactions et sentiments est-ce que je vis face à cette ou ces épreuves (injustice, colère, tristesse, ...) ?
Quels sont les blocages que je rencontre (abattement, difficulté à en parler, à pardonner…) ?
Qu’est-ce qui pourrait m’aider ? De quoi ou de qui aurais-je besoin pour traverser cette ou ces difficultés ?
Ai-je déjà vécu des moments difficiles dont je suis sorti(e) ? Comment ? Grâce à quoi ?
Quelle a été la place de Dieu dans ces moments-là ? Absence ? Impuissance ? Celui qui me met à l’épreuve ? Refuge ? Soutien ? Foi en la Vie ? Paix ?
PISTES DE REFLEXION
Crise ou rapprochement Changement de vie, chômage, maladie, deuil… La vie de chaque couple est jalonnée d’épreuves. Certaines très douloureuses, qui bouleversent la vie et risquent de mettre à mal le couple. Mais ce n’est pas une fatalité. Une épreuve de vie peut générer un risque d’explosion du couple, mais être aussi l’occasion d’un rapprochement, d’un combat commun, d’une compréhension en profondeur. Amoris Laeticia 130, le pape François fait ce constat: “ la joie se renouvelle dans la souffrance. Comme le disait saint Augustin, « plus le danger a été grand dans le combat, plus intense est la joie dans le triomphe ». Après avoir souffert et lutté unis, les conjoints peuvent expérimenter que cela en valait la peine, parce qu’ils sont parvenus à quelque chose de bon, qu’ils ont appris quelque chose ensemble, ou parce qu’ils peuvent mieux valoriser ce qu’ils ont. Peu de joies humaines sont aussi profondes et festives que lorsque deux personnes qui s’aiment ont conquis ensemble quelque chose qui leur a coûté un grand effort commun.”
Chacun réagit de manière différente Confronté à de lourdes épreuves chacun dans le couple réagit différemment. Une différence qui peut-être source de tensions surtout qu'à ce moment-là, il arrive que l’on se parle peu. Et même pire, le risque est que l’angoisse traversée se reporte sur l’autre sous forme d’agressivité. Tout cela nécessite de se réajuster l’un l’autre. Amoris Laeticia 138, le pape François conseille: “Chacun a une expérience différente de la vie, chacun regarde d’un point de vue différent, a des inquiétudes différentes et a des aptitudes ainsi que des intuitions différentes. Il est possible de reconnaître la vérité de l’autre, l’importance de ses préoccupations les plus profondes, et l’arrière-plan de ce qu’il dit, y compris au-delà des paroles agressives. Pour y parvenir, il faut essayer de se mettre à sa place et interpréter ce qu’il y a au fond de son cœur, déceler ce qui le passionne, et prendre cette passion comme point de départ pour approfondir le dialogue.”
Préserver l’intimité du couple L’intimité du couple peut être mise à mal par la traversée d’une épreuve. Dans ces circonstances, il est facile pour le couple de s’oublier. Le meilleur moyen de prévenir la violence destructrice de ces épreuves, c’est de nourrir son couple en permanence, en instaurant par exemple des rituels de rencontre en tête à tête permettant d’aborder des sujets de fond. Quand, du fait des difficultés rencontrées, le désir pour l’autre est aux abonnés absents, il est indispensable de s’en parler afin que l’autre n’imagine pas qu’on ne l’aime plus et que cette épreuve est en train de vous détruire complètement. Quand la libido faiblit momentanément, cela peut être le moment de réapprendre la tendresse, d’apprécier la compagnie de l’autre, de partager avec lui des moments privilégiés, de recréer une complicité… Besoin de plus d’écoute, de soutien, d’intimité… Dites-le ! Ne pas penser que l’autre devrait savoir ce dont on a envie ou besoin. Ne pas imaginer non plus que s’il n’en est momentanément pas capable, c’est qu’il ne nous aime pas.
Agir en équipe Si son conjoint traverse personnellement une épreuve, être attentif et essayer de faire le maximum pour qu’il se sente épaulé et qu’il n’ait pas l’impression d’être tout seul. Faire front ensemble, manifester sa présence, être à l’écoute, essayer de trouver les bons mots, les bons gestes, faire ce que l’on aimerait que l’autre fasse si on était à sa place. Et quand l’épreuve est commune, quand l’un des deux baisse les bras, l'autre peut le soutenir.
Patience, espérance, lâcher prise, attente Se battre pour sortir de l’épreuve mais parfois ne pas chercher à vouloir tout maîtriser. Prendre patience et attendre en acceptant de garder confiance en la vie en ne se focalisant pas sur son malheur. Comme le dit le philosophe Martin Steffens: “Attendre c’est laisser faire le temps. N’est-ce pas la pire des démissions ? Non. Car le temps qui passe, c’est de la vie qui cherche une voie pour se faufiler et couler à nouveau. Laisser le temps au temps, c’est laisser à la vie le temps de ressurgir.”
Relecture Sur le moment, quand on vit les épreuves, on fait ce qu’on peut. Il faut souvent du recul pour réaliser par quel chemin on est passé, quelles réactions on a eu, comment on s’est battu. Cette relecture peut apporter un éclairage permettant de sortir plus fort et mieux armé des difficultés traversées.
REPERES
Et Dieu dans tout cela ?
On entend souvent que Dieu est indifférent à nos vies ou encore qu’il aurait pu empêcher ce qui nous arrive, ou même qu’il serait à l’origine de nos épreuves pour nous punir ou nous tester.
Jésus, par sa vie, se montre en permanence touché par toutes les détresses des personnes qu’il rencontre. Il guérit de très nombreux malades et infirmes, il permet aux exclus de réintégrer la communauté, il nourrit les foules. Par son incarnation, Dieu s’est fait tout proche de nos misères humaines.
Jésus dénonce également la croyance de l’époque (qui existe encore aujourd’hui) présentant les accidents et catastrophes comme des punitions divines (la tour de Siloé, Luc 13-1).
“Dieu n’est pas venu supprimer la souffrance. Il n’est même pas venu l’expliquer. Mais il est venu la remplir de sa présence.” (Paul Claudel)
De même, quand Jésus invite chacun de nous à porter sa croix et à le suivre (Matthieu 16, 24), cela ne signifie pas qu’il faille rechercher une vie de souffrance. Ce n’est pas la croix qui sauve mais l’amour totalement offert, jusqu’à donner sa vie. En réalité, Jésus nous appelle à marcher derrière Lui jusqu’au bout de l’amour, jusqu’au don de soi. Sur ce chemin, nous aurons, comme Lui, à assumer les croix qui se présenteront.
Un exemple: la traversée du chômage
La perte d’un emploi atteint l’image que chacun a de lui-même, l’identité qu’il porte, la place qu’il trouve dans la société, celle qu’il peut assumer dans sa famille et auprès de ses proches, ses projets un sentiment de dévalorisation, de vide et d’inutilité et une perte de confiance en soi. Cette fragilisation déstabilise le couple. Voir son conjoint tourner en rond toute la journée, supporter ses sautes d’humeur ou ses coups de déprime provoque des tensions. Mais le chômage peut aussi, comme toutes les épreuves, souder le couple : face à la précarité matérielle, on fait front ensemble.
Souvent, il est difficile de dialoguer dans le couple sur ce sujet, car la mésestime de soi est telle qu’on n’ose pas aborder la question avec son conjoint et le risque est de se renfermer sur soi-même. Il faut donc faire preuve de beaucoup de vigilance, réajuster les relations et continuer à maintenir le lien.
La famille est le bastion où on va pouvoir se reprendre, retrouver un soutien pour faire face. Car les solidarités familiales continuent à jouer à fond . Après une première phase de fragilisation, les personnes peuvent chercher d’autres formes de compensation en investissant davantage la sphère familiale, et en nouant des liens plus forts avec leurs enfants. » C’est souvent le moyen aussi de retrouver une image de soi plus positive et un sens à sa vie.

2. La Parole de Dieu
- La détresse de Job, Job 30
Côtoyer Job dans la Bible peut aussi nous aider à traverser les épreuves. Il lui arrive toutes sortes de malheurs et il exprime sa colère, crie à l’injustice, se plaint à Dieu, mais ne rompt jamais sa relation avec Lui. Quand on n’en peut plus, quand trop c’est trop, il est important de se plaindre à Dieu, de lui dire que c’est trop dur, de le prendre comme vis-à-vis en suivant l’exemple de Job. Dieu, non seulement supporte la colère de Job - qui a permis au malheureux de rester au plus près de ce qu’il vivait -, mais a même apprécié son attitude : « Après qu'il eut ainsi parlé à Job, Yahvé s'adressa à Eliphaz de Témân : ̏ Ma colère s'est enflammée contre toi et tes deux amis, car vous n'avez pas parlé de moi avec droiture comme l'a fait mon serviteur Job. ̋ » (Job 42,7). Finalement, après avoir tout perdu, c’est dans la fidélité de sa relation à Dieu que Job se reconstruit.
- La tempête apaisée : Marc 4,35-41
Dans les tempêtes de la vie, lorsqu'on se bat contre les vents contraires qui semblent tout emporter, on prend peur. Le Christ nous rejoint dans cette tourmente et nous invite à faire confiance à son amour indéfectible pour nous, plus fort que toutes ces forces déchaînées qui mettent à mal notre barque. Il nous faut apprendre à se tourner vers lui et à accueillir sa paix.
- « Moi, je suis la Résurrection. Qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Le crois-tu ? » Jean 11,25-26
Cette question posée par Jésus à Marthe est également posée à chacun d’entre nous. Dans l’expérience de sa résurrection, Jésus ouvre un chemin d’espérance pour tout homme, au-delà de tous les drames traversés. Drames qu’Il a lui-même connus. Jésus-Christ, Dieu parmi nous, demeure vivant dans le cœur de tout homme qui veut bien l’accueillir, pour faire jaillir la vie de toute situation de mort.
- La Maison bâtie sur le roc (Matthieu 7, 24-27)
La parole de Dieu n’est pas seulement à écouter et à comprendre. Elle est surtout à mettre en pratique et à traduire en actes. Cette concrétisation de la Parole dans nos vies assure la solidité de notre maison. Le Christ ne promet pas l'absence de tempête mais la capacité à y résister en s’appuyant sur la fidélité de Dieu.
- “C’est que tu as du prix à mes yeux, tu comptes beaucoup pour moi et je t’aime.” (Isaïe 43,3-7).
Dans ce texte d’Isaïe, le Seigneur est présenté comme un Père qui aime ses enfants, prêt à agir pour les voir libres et heureux.
- Psaumes qui disent la détresse de l’homme et la confiance dans le Seigneur
Psaume 23 : « le Seigneur est mon berger, je ne crains aucun mal... passerai-je un ravin de ténèbres, je ne crains aucun mal…. »
Psaume 69, 14-19: “Réponds-moi Seigneur, c’est ta bonté qu’il me faut. Que ton grand amour se tourne vers moi…”

3. La prière
J’ai tout remis entre tes mains :
Ce qui m’accable et ce qui me peine,
Ce qui m’angoisse et ce qui me gêne,
Et le souci du lendemain.
J’ai tout remis entre tes mains.
J’ai tout remis entre tes mains :
Le lourd fardeau traîné naguère,
Ce que je pleure, ce que j’espère,
Et le pourquoi de mon destin.
J’ai tout remis entre tes mains.
J’ai tout remis entre tes mains :
Que ce soit la joie, la tristesse,
La pauvreté ou la richesse,
Et tout ce que jusqu’ici j’ai craint.
J’ai tout remis entre tes mains.
J’ai tout remis entre tes mains :
Que ce soit la mort ou la vie, La santé, la maladie,
Le commencement ou la fin.
Car tout est bien entre tes mains.
Bien que dans l’épreuve, aujourd’hui, je crois.
Anonyme





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