Un corps pour aimer
- encoupleetdieudans
- 13 août 2022
- 6 min de lecture
L’homme et la femme sont appelés à se découvrir et à se parler aussi par l’union des corps, dans la richesse d’une relation qui engage leur être tout entier. Dans ce don total et réciproque, ils sont signe et image de leur créateur.

Notre foi chrétienne repose sur l’incarnation : Dieu s’est fait chair. Peut-on signifier plus clairement la dignité du corps humain ?
Points-clés
Prendre conscience que
Avoir un corps c’est être précédé. Je ne l’ai pas choisi, il faut que j'apprenne à faire avec. Il est le lieu d’un don qui me précède.
Avoir un corps, c’est renoncer à la toute puissance. Il n’est pas taillable et corvéable à merci. Il m’impose ses limites et ses fragilités.
Homme et femme, nous n’avons pas les mêmes attentes, les mêmes expressions. Chacun de nous a à se mettre à l’écoute de l’autre.
Mon corps n’est pas un objet, il n’est pas dissocié de la personne que je suis. Il me permet d’entrer en relation et c’est par la parole qu’il prend sens. Un corps non parlé est un corps pulsionnel.
Par le corps, c’est toute la personne qui s’exprime et qui se donne.
La sexualité est une expression authentique de l’amour avec toutes les exigences que cela peut supposer.

1. La parole des couples
QUESTIONS
Qu’est-ce que cette expression “un corps pour aimer” signifie pour moi ? Quel lien entre le corps et l’amour ?
Quelle différence entre sexe et sexualité?
Comment je reçois les différences d’attente et d’expression ou de comportement au sein de notre couple ? Suscitent-elles chez moi des incompréhensions ? Des frustrations ?
Pouvons-nous parler facilement de ce sujet en couple ?
PISTES DE REFLEXION
La sexualité, un don de Dieu « La sexualité dans une relation engagée, une alliance entre un homme et une femme, affirmait St Jean-Paul II, est la plus haute expression de l’amour de Dieu. Le christianisme tient le corps et la sexualité en haute estime. Nous avons été marqués par des siècles de méfiance et de puritanisme, mais il ne faut pas mêler la Bible à tout ça. Pour la Bible, l’être humain est créé sexué. Il a un corps et c’est ce corps destiné à être sauvé qui est appelé à s’unir.” Dans Amoris Laeticia 152, le pape François confirme:” Nous ne pouvons considérer en aucune façon la dimension érotique de l’amour comme un mal permis ou comme un poids à tolérer pour le bien de la famille, mais comme un don de Dieu qui embellit la rencontre des époux. Étant une passion sublimée par un amour qui admire la dignité de l’autre, elle conduit à être une pleine et authentique affirmation de l’amour qui nous montre de quelle merveille est capable le cœur humain, et ainsi pour un moment, on sent que l’existence humaine a été un succès.”
Une appartenance réciproque, librement choisie Pape François, Amoris Laeticia 156 : ”Il est important d’être clair sur le rejet de toute forme de soumission sexuelle. Pour cela il faut éviter toute interprétation inappropriée du texte de la Lettre aux Éphésiens où il est demandé que «les femmes soient soumises à leurs maris » (Ephésiens 5, 22). Saint Paul s’exprime en catégories culturelles propres à cette époque; toutefois nous autres, nous ne devons pas prendre à notre compte ce revêtement culturel, mais le message révélé qui subsiste dans l’ensemble de la péricope. Reprenons la judicieuse explication de saint Jean-Paul II: « L’amour exclut toute espèce de soumission, qui ferait de la femme la servante ou l’esclave du mari […]. La communauté ou unité qu’ils doivent constituer en raison de leur mariage se réalise dans une donation réciproque qui est aussi une soumission réciproque». C’est pourquoi on dit aussi que « les maris doivent aimer leurs femmes comme leurs propres corps» (Ephésiens 5, 28). En réalité, le texte biblique invite à dépasser l’individualisme commode pour vivre en se référant aux autres: «Soyez soumis les uns aux autres » (Ephésiens 5, 21). Dans le mariage cette ‘‘soumission’’ réciproque acquiert un sens spécial et se comprend comme une appartenance réciproque librement choisie, avec un ensemble de caractéristiques de fidélité, de respect et d’attention. La sexualité est au service de cette amitié conjugale de manière inséparable, parce qu’elle est orientée à faire en sorte que l’autre vive en plénitude.
L’union des corps signifie l’engagement de deux êtres qui vont jusqu’au bout de l'expérience du don. Dans la relation amoureuse, la prise en compte du désir de l’autre est fondamentale: respecter les attentes et les rythmes, accepter de se laisser rejoindre et de se donner. La communication passe par une manière d’être qui permet à chacun d’être à l’autre, dans le respect de ce qu’il est profondément et sans vouloir le posséder. La rencontre de l’autre ne peut être de l’ordre de l’utile. Elle est la rencontre de deux histoires, de deux mystères.
La Bible ne connaît pas l’opposition âme/corps. Dieu est le créateur de tout l’homme et non pas seulement d’un principe spirituel. La totalité de notre être émotionnel est concerné par la Bonne Nouvelle. Dans la “résurrection de la chair”, le corps est associé au salut.
Aimer en vérité. Certains couples connaissent des difficultés dans leur sexualité à cause de blessures, d’enfance ou d’expériences traumatisantes. Humblement, et parfois pendant des années, ils cherchent comment laisser parler les corps, même s’ils ont l’impression que c’est insurmontable. Mais ils peuvent être néanmoins des couples heureux. Être témoin de la délicatesse et de la patience de l’autre par amour peut être bouleversant. Nous avons tous à apprendre à aimer en vérité. Le langage du corps doit être l’expression d’un amour authentique appelé à se vivre dans la fidélité.
La chasteté est souvent confondue avec l’abstinence, or la chasteté est avant tout un état d’esprit qui nous permet de recevoir l’autre comme quelqu’un qui nous est donné au lieu de se l’approprier dans la relation affective comme dans la relation sexuelle.
On ne cesse jamais d’apprendre. Au fil des différentes saisons de la vie, notre sexualité évolue et grandit. L’essentiel est d’installer le dialogue et de le poursuivre
Un peu d’histoire
L’idée de l’immortalité n’était pas ignorée des Grecs, mais elle était réservée à l’âme; la chair en était exclue, et la culture hellénistique de l’époque professait un grand mépris pour le corps, qu’un empereur philosophe appelait « sac d’excréments ». Les gnoses d’origine orientale, qui s’étaient infiltrées dans cette culture, étendaient le mépris du corps à la matière constitutive de l’univers, qu’elles vouaient à la destruction par le feu. Mais les chrétiens, sachant que le salut était venu par la chair du Christ, n’avaient pas honte de proclamer la résurrection des corps, ou de la chair ; ils affirmaient, du même coup, l’unité de la personne, qui n’est pas esprit sans être corps, et celle de l’homme et du cosmos, car le corps n’existe qu’en lien avec le monde, en sorte que sa résurrection est aussi promesse d’une rénovation du monde en « un ciel nouveau et une terre nouvelle » (Apocalypse 21,1).

2. La Parole de Dieu
Genèse 1,27: “Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, il les créa homme et femme.” Ce sont l’homme et la femme ensemble qui sont à l’image de Dieu et c’est dans cette différence que naît la richesse de cette relation humaine. La sexualité ne se limite donc pas à l’activité des organes sexuels : elle est un élément fondamental de la construction relationnelle de la personne humaine.
Genèse 2,21-24: “ L’homme dit alors : « Cette fois-ci, voilà l’os de mes os et la chair de ma chair ! On l’appellera femme – Ishsha –, elle qui fut tirée de l’homme – Ish. » Dans le récit biblique de la Création, l’homme se met à parler pour la premlière fois lorsqu’il découvre la femme. Comme si la rencontre de l’autre, dans sa différence et sa proximité, permettait le surgissement de ce qui fait le propre de l’humanité, la parole.
Le cantique des cantiques 2,8-16: “La voix de mon bien-aimé ! C’est lui, il vient.” La passion est à son comble. L’amour est donné et reçu dans une belle et totale réciprocité. Le bien aimé appelle: “Viens”. La bien aimée répond et se donne : “Mon bien-aimé est à moi, et moi, je suis à lui qui mène paître ses brebis parmi les lis.” L’amour n’existe que dans ce consentement réciproque et cette liberté.
Matthieu 19,5-6: “Ainsi, ils ne sont plus deux, mais une seule chair. Donc, ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas ! » Le Christ reprend la citation de la Genèse et la complète par l’injonction à la fidélité. En effet, pour que la personne puisse se donner sans restriction, il faut que ce don soit unique et irréversible, car il engage la personne dans ce qu’elle a de plus essentiel. La fidélité est une condition primordiale pour que la relation sexuelle puisse être vécue en vérité.
« Ne savez vous pas que vos corps sont le Temple de l’Esprit Saint » (1 Corinthiens 6,19) Le corps est habité de l’Esprit, il est le lieu où se manifeste la dignité de l’être humain, en relation avec l’autre différent de soi.

3. La prière
Seigneur, Par ce don précieux de la sexualité, tu permets à nos âmes et à nos corps de pouvoir faire un et d’exprimer notre amour. Seigneur, bénis notre couple, que la rencontre de nos corps soit toujours l’expression d’un amour vrai totalement donné. Seigneur, nous te présentons aussi nos blessures, notre histoire et toutes nos limites. Aide-nous à les traverser ensemble par nos gestes de tendresse et notre dialogue. Et, s’il le faut, conduis nous au pardon et à la reconstruction de notre confiance. Aide notre sexualité à s’ajuster dans l’amour, la tendresse, le plaisir et l’émerveillement pour que nous nous donnions l’un à l’autre avec joie dans un amour à chaque fois renouvelé et tout au long de notre vie. Muriel





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